Je vais vous parler d’un enseignement méditation donné par Swami Prajnanpad, maître hindou d’Arnaud Desjardins. Ce dernier fut bien connu dans les années 60 pour avoir réalisé les premiers reportages télévisés sur les Grands maîtres de sagesse de l’Inde,  sur les Soufis en Afghanistan, sur les premiers maîtres au Tibet et le Zen au Japon.

L’enseignement méditation de Swamiji disait « un sans second ». Ne créez pas de second.

C’est vrai que d’un premier abord cet enseignement paraît un peu obscur. Pourtant il est en fait assez simple. 

Il y a la réalité, c’est à dire les choses telles qu’elles sont. Et il y a l’interprétation subjective mentale, une fausse réalité surimposée sur la réalité factuelle. 

Dans un de ses livres, Arnaud explique cela  avec un exemple concret. Je vais le résumer : monsieur Durant est invité à un repas ou sera également présent le frère de son directeur. Il espère ainsi profiter de ce temps pour pouvoir échanger avec le frère du directeur. Son boulot terminé, il se dépêche de rentrer à la maison pour pouvoir se préparer pour cette importante soirée. Et bien sûr, premier inconvénient, le bus a du retard. Et là, dans l’esprit de monsieur Durand, le bus ne devrait pas avoir de retard. En un instant, il a ajouté au réel son interprétation mentale. Déjà en retard, il arrive devant l’ascenseur de son immeuble, et appuie sur le bouton. Dans son esprit, l‘ascenseur doit déjà être là. Non seulement il n’est pas là mais en plus il ne marche pas. Il monte par l’escalier, arrive essoufflé au quatrième étage. Dès qu’il ouvre la porte, sa femme lui dit : «  Ton fils n’est pas en forme, prend sa température »

De nouveau dans l’esprit de monsieur Durant, une pensée s’élève: « Non. Mon fils ne doit pas avoir de la fièvre ! Ce n’est pas possible. Maintenant s’il a de la fièvre, je vais rater le rendez-vous etc. etc.»

Cet exemple très intéressant nous montre que nous créons sans cesse une réalité autre que les faits. Une réalité mentale qui nous conviendrait mieux. Et pourtant c’est l’écart entre ces deux réalités qui va créer de l’émotion et de la souffrance.

En fait, même si la réalité est parfois douloureuse, elle n’est jamais souffrante si nous l’acceptons. C’est le refus du réel qui créé la souffrance.

Revenons à notre expérience maintenant en enseignement méditation : quelle est la réalité là maintenant assis en méditation?

D’habitude je n’ai pas mal et là j’ai mal. Réalité indéniable.

Le mental : «  Non je ne devrais pas avoir mal. »

Assis en méditation, plein de pensées m’envahissent et me rendent agité, et non ! Je devrais être calme. Ainsi de suite.

La vigilance, c’est revenir à l’instant et à ce qui est, ne pas créer une fausse réalité en refusant ce qui est .

« A chaque seconde suffit son oui. » dit Arnaud Desjardins. 

A chaque seconde, je dis oui à ce qui est. 

Si je dis non,  je rentre en conflit avec le réel.

Cela peut paraître un peu simpliste. Pourtant cet enseignement est très profond car il nous explique que nous projetons sans cesse sur le monde, notre monde.

Nous pouvons clairement le voir chaque fois que nous refusons quelque chose qui surgit dans la méditation. Si nous sommes capables de dire oui dans l’instant, oui à tout ce qui apparaît, nous allons pouvoir nous détendre de plus en plus profondément et nous relâcher totalement.

Je le répète. C’est uniquement si l’on ne refuse plus rien, si l’on ne fait plus de déni sur la réalité, que nous allons pouvoir réaliser la paix du cœur. 

Cela veut dire trouver la force de se voir dans notre vérité à chaque instant même si notre vérité ne nous plaît pas,  même si notre vérité ne correspond pas à ce que nous souhaitons.

Par exemple, je suis assis en méditation et une partie de moi dit : « Mais qu’est-ce que je fais là, j’en ai ras-le-bol, j’ai envie de partir, j’ai envie d’aller boire un café. »

Alors, oui c’est vrai, c’est ce qu’il y a en moi maintenant. Je ne cherche pas être celui qui est totalement content d’être en méditation. Non, je suis celui qui est assis sans le vouloir totalement.

Cela ne veut pas dire que l’acceptation, c’est la résignation. 

J’accepte les choses telles qu’elles sont tout en étant libre d’accomplir une action sur la base de l’adaptation à la réalité.

Qu’est-ce que je peux faire pour agir, pour améliorer la situation ? Mais à partir du réel, sans rajouter une interprétation mentale qui bien souvent prend le pouvoir sur moi, me paralyse au niveau de l’action, me secoue émotionnellement et me freine.

Agir à partir du réel de chaque instant.

Ces textes sont issus des quelques minutes de paroles improvisées à partir ou non de textes issus des sagesses anciennes, de textes scientifiques etc.. durant la méditation silencieuse .